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Faux savons de Marseille

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Faux savons de Marseille

 

Simple, familier et fleurant bon la tradition. Un argument largement exploité par les industriels qui occupent le marché du savon en France. Dove et Le Petit Marseillais totalisent, depuis plusieurs années plus de 50 % des ventes en grande surface. Le reste se répartit entre toute une série de marques (Le Chat, Cadum, Monsavon, Le Petit Olivier…), les produits à marque de distributeur (MDD), ceux commercialisés principalement dans les magasins spécialisés ou les parfumeries (Roger & Gallet, L’Occitane…), les savons vendus sur d’innombrables sites internet et sur les marchés touristiques. Le plus souvent, on est loin, très loin, des traditionnels savons de Marseille de l’enfance.

 

A l’origine, un savon 100% végétal. Le vrai savon de Marseille est fabriqué en chaudron, avec des huiles exclusivement végétales (de l’huile d’olive, de l’huile de palme pour le durcir et de l’huile de coprah pour qu’il mousse davantage), de la soude et de l’eau . Au final, après saponification, il renferme 72 % d’huiles végétales. Il ne contient alors ni parfum, ni colorants, ni conservateurs, ni autres produits de synthèse. Il est, par ailleurs, reconnu hypoallergénique par le corps médical et est biodégradable.

 

Des copies à la graisse de porc. La dénomination “savon de Marseille” n’est pas (encore) une appellation protégée. Par conséquent, tout le monde peut en vendre. Il suffit, par exemple, de se promener l’été sur les marchés pour constater que de très nombreux étals regorgent de savons prétendument de Marseille (ou de Provence), aux couleurs criardes et aux senteurs (florales, marines, épicées…) prononcées. Et le consommateur ne dispose souvent d’aucune information : rien sur la provenance de ces savons, pas davantage sur leur composition. En effet, lorsqu’ils ne portent pas la mention “pur végétal”, ces savons fantaisie se composent généralement de graisses animales, de bœuf ou de porc. Celles-ci devraient être signalées sur l’emballage, selon les normes de la nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques (Inci), obligatoire en Europe depuis une quinzaine d’années. Ainsi, le tallowate de sodium correspond à la graisse de bœuf et le lardate de sodium à celle de porc.

 

L’huile d’olive est devenue un simple alibi.  Prenons l’exemple du savon de Marseille Le Chat à l’huile d’olive. Fabriqué en Europe de l’Est, il est destiné aux “inconditionnels du savon de Marseille”. C’est, en tout cas, ce que proclame le site internet de la marque. Or, à y regarder de plus près, le premier ingrédient qui entre dans la composition de ce produit n’est autre que du tallowate de sodium. La mention “huile d’olive”, très apparente sur le recto de l’emballage, entretient, elle aussi, la confusion puisque, au verso, il est indiqué “formule enrichie à l’huile d’olive”. Une nuance qui change tout : ici, l’huile d’olive n’est ajoutée, pour son action surgraissante, qu’à la fin du processus de fabrication, et non au cours de la saponification comme c’est le cas pour le vrai savon de Marseille.

 

Les graisses animales coûtent jusqu’à dix fois moins cher que les graisses végétales. C’est pourquoi les industriels continuent à employer du gras animal en grande quantité : les savons Cadum, Monsavon, Palmolive, Mont St Michel, Nivea… contiennent essentiellement du tallowate de sodium.

 

Ces produits doivent leur succès auprès du consommateur à leurs promesses. En l’absence de réglementation contraignante, les fabricants ont, en effet, la liberté de mettre en avant des ingrédients vendeurs, même si ces derniers n’entrent que très peu dans la recette de leurs savons. Nombre de clients se laissent séduire par des formules telles que “à l’huile d’amande nourrissante” (savon crème de Nivea), “adoucissant au miel et au romarin” (savon de Marseille Nectar of Nature des Cosmétiques Design Paris, distribué par Carrefour) ou “fabrication à l’ancienne” (Monsavon), alors que le produit n’a presque aucun composant naturel et que sa fabrication n’a rien d’artisanal.

 

Enfin, certains produits proposés par des laboratoires pharmaceutiques ou par Dove ne sont pas à proprement parler des savons, mais des pains dermatologiques ou des pains de toilette. Deux dénominations plus présentables que le terme scientifique syndet (synthetic detergent), qui désigne un produit lavant totalement issu de l’industrie pétrochimique

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